Crédits web: Ambroise Barras (2006)
En tant qu'il produit une irruption de réalité, le regard cinématographique est un énervement du monde, sa mise en tension. Sélectionnant le réel à partir de ses noeuds problématiques, il décèle ce qui, dans le flot continu des événements, fait question. Filmer, c'est provoquer l'effet de cassure mettant en jeu la quiétude des choses et leur rythme quotidien, c'est extraire d'une matière devenue informe par rejet de l'étrange ce qui en elle attend d'être érigé en provocation. Occupé à cette tâche, le cinéaste produit une coupe séditieuse du réel, un plan sécant. La pensée procède de même. Elle joue à défaire les attentes répandues, à instituer un système de sens mettant en branle la compréhension immédiate et habituelle du monde. Comme le cinéma, elle se saisit d'un élément familier du réel et en révèle l'aspect énigmatique, inusité. En ceci, cinéma et pensée sont appelés à se répondre.